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Guinée : un scandale d’abus sexuel risque de plonger la FGF dans une nouvelle crise

20 mai 2024 5 min(s) pour lire
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Le monde du football guinéen est secoué depuis quelques semaines par un scandale présumé de pédocriminalité et d’abus sexuel à l’académie de Nongo. Trois encadreurs ont été suspendus, mais au sein de la fédération, la situation reste tendue entre le président et la commission d’éthique.

Vanté comme modèle contre les violences basées sur le genre, la réputation de l’académie d’élite du centre technique national de Nongo est malmenée par une révélation récente du journaliste Romain Molina.

L’académie de Nongo financée par la Fédération Internationale de Football (FIFA), Plan Internationale et l’Agence Française de Développement (AFD) qui ne nie pas totalement les faits.

« La réalité des faits est à qualifier par les autorités judiciaires mais ils sont de nature suffisamment sérieuses pour que nous les considérions comme tels, par mesure de protection pour les présumées victimes », a déclaré la Directrice pays de l’AFD, Jeanne Vanuxem-Milleliri.

Des tensions au sein de la fédération de football

Même si la fédération guinéenne de football ne souhaite pas trop communiquer sur l’affaire, nous savons que trois encadreurs ont été récemment suspendus en « catimini », sans aucune communication officielle. Il s’agit du sélectionneur des U20, Sekouba Camara alias « Nesta », son successeur, Mariama Diallo et un autre.

Une enquête  a été  ouverte courant mai et elle est menée par l’office de protection du genre, de l’enfance et des mœurs (OPROGEM), avec un suivi rapproché des partenaires de mise en œuvre du projet.

Le  2 mai dernier, le président de la commission d’éthique de la fédération, Mohamed Diawara a aussi mis en place deux commissions ad hoc (instruction et  jugement), et ce conformément à l’article 27 alinéa 4 du Code d’éthique de la FGF. Celui-ci dispose que « la Commission d’ éthique se réserve le droit d’enquêter sur et de juger la conduite de toutes les personnes auxquelles s’applique le présent code, et ce, même en dehors de l’exercice de leurs fonctions, si la conduite de la personne risque de nuire à lintégrité, à l’image ou à la réputation de la FGF ».

L’article 28 alinéa 1 donne aussi le pouvoir à cette commission « d’enquêter sur les infractions potentielles ». Que ce soit de sa propre initiative ou ex officio.

Selon nos informations, le président de la fédération ferait obstruction au travail de la commission. L’on accuse notamment Bouba Sampil de vouloir protéger des proches cités dans l’affaire notamment Sekouba Camara « Nesta », le sélectionneur des U20 récemment suspendu. Ce dernier serait également l’entraîneur du club Allu Star de Fria qui appartiendrait à Bouba Sampil mais dont la gestion est confiée à l’un de ses proches et membre du comité exécutif de la fédération.

Vers un bras de fer  ?

Nos sources indiquent qu’avant de s’envoler pour Paris dans le cadre notamment du barrage qualificatif du tournoi masculin de football des Jeux Olympiques de Paris 2024, le président de la FGF a rencontré Mohamed Diawara, président de la Commission d’éthique. Et, pour justifier certainement son opposition à la démarche de ce dernier, Bouba Sampil aurait évoqué un problème d’argent  et de disponibilité de bureaux. Un argument réfuté par un proche du juge Diawara. « La commission n’a pas besoin forcément de moyens colossaux pour fonctionner. Tout ce qu’il a besoin actuellement, c’est le fonctionnement de sa commission. D’ailleurs aucun autre organe juridictionnel ne marche », dit-il.

Nous avons pu également intercepter un courrier du secrétaire général de la fédération, Ibrahima Barry adressé au président de la Commission d’éthique. Dans cette correspondance datée du 13 mai, soit le lendemain de notre post sur X (Twitter), la fédération annonce qu’un comité ad hoc est déjà en place et composé de l’OPROGEM et des partenaires de mise en œuvre. Le secrétaire général fait savoir à Mohamed Diawara que c’est seulement après le travail de ce comité que sa commission sera saisie.

Du côté de la Commission d’éthique, l’on voit cette attitude comme une manœuvre pour empêcher le fonctionnement d’un organe indépendant .

La crise est palpable et il n’est pas exclu, apprend-on, que le président de la fédération se fasse convoquer voir même sanctionner par la commission d’éthique conformément à l’article 63 du Code d’éthique qui donne le pouvoir à cet organe de prendre des sanctions à l’encontre d’officiels, de joueurs et toute autre personne assujettie aux statuts et règlements de la FGF.

Les sanctions vont de l’avertissement à l’exclusion ou encore l’interdiction d’exercer toute activité relative au football… Cela, que « les infractions soient commises par action ou par omission, délibérément ou par négligence… »

Une autre crise se pointe-t-elle à l’horizon dans le football guinéen ? Nos tentatives auprès de la commission communication et médias de la fédération pour recouper certaines informations sont restées vaines pour l’instant.

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